GED AMOUL BANKASS (La mer ne nous accroche pas)

Dans le cadre de l’atelier ATRI AfricaMed ” Les objets de la migration et de la mobilité : terrains partagés au Maroc”, Malik Nejmi présentera son film GED AMOUL BANKASS (La mer ne nous accroche pas) à Kulte Gallery. Cette projection sera prétexte à débat pour le lancement de l’atelier.

GED AMOUL BANKASS (La mer ne nous accroche pas)

Dans le cadre d’un projet de recherche sur les migrations sénégalaises mené en 2015 pour l’Institut Méditerranéen de Recherches Avancées, l’artiste Malik Nejmi choisit de se positionner comme producteur d’un cinéma clandestin aux frontières.
Après sa rencontre avec Omar – jeune sénégalais en transit au Maroc et vivant a Tanger depuis un temps que lui même n’arrive plus vraiment a définir – celui-ci lui raconte alors la façon dont ils organisent leurs “traversées autogérées” du détroit de Gibraltar.
Il décide de passer une commande documentaire a Omar et ses compagnons du quartier Boukhalef, pour filmer tout à la fois les techniques de passages et le liens aux objets de la migration (rames, bouées, photos …), mais aussi les rituels précédents la traversée (marabout, prières …) tout comme le quotidien, l’imaginaire qui se développe au fil de la production de son récit. Peu à peu, Omar semble acquérir un rôle au sein de son groupe d’amis et arrive parfois, avec le recul nécessaire, au coin d’une pièce de leur appartement, à faire parler ces jeunes sénégalais en détresse. Son film nous révèle une organisation matérielle qui se joue des passeurs, dévoile une capitainerie clandestine et l’organisation des traversées en zodiaque de fortune, tout comme il dénonce à demi-mot le rôle des militaires et les dérives d’une frontière immatérielle, en pleine mer.
Filmés au téléphones portables, ces courts films et plan séquences sont à l’image de la performance réalisée par Omar pour nous dévoiler son projet migratoire. Cette production pourrait a la fois être une série vidéo, un film ethnologique, une installation de musée tant il déplace les positions stratégiques des représentations de l’immigration en Méditerranée. Car c’est aussi en partant du constat que les migrants et les clandestins ne sont jamais acteurs de la façon dont ils sont représentés (le clandestin servant d’objet politique au discours de l’artiste) que Malik Nejmi a souhaité sortir des stratégies artistiques pour laisser se faire une œuvre liminale et épique, où les notions de frontières et de pays sont dissoutes dans le récit et l’imaginaire du migrant. Ce travail montre peut être l’urgence d’expérimenter les récits frontaliers qu’ils soient documentaires, poétiques ou autofictionnels, car ces récits de soi nous permettent de structurer la grande histoire et de mieux cerner les enjeux de l’émigration économique subsaharienne.