Sous la terre, des étoiles

Abdelkader Benchamma

16th Dec - 18th Feb 2017

Sous la terre, des étoiles est la réstitution, sous forme d’exposition, d’une résidence de l’artiste franco-algérien Abdelkader Benchamma à Kulte Gallery, Rabat, du 25 novembre au 16 décembre 2016. En prenant pour matière les mythes comme mise en scène de la vie intérieure, représentation poétisée de l’histoire des peuples, ou simple fiction symbolisante de l’imagination, Abdelkader Benchamma questionne la matrice des récits formulés ou non qui peuplent, pourtant sans hantise, notre imaginaire.

Après s’être inspiré de la technique des marbriers de la basilique Sainte-Sophie d’Istanbul — deux plaques symétriques du même marbres rappelant le test de Rorchach — l’artiste déplace la symbolique du marbre dans son œuvre : de simple modèle d’inspiration graphique, la pierre devient le support même de la création. Un déplacement qui rappelle les changements d’état de la matière au travers duquel les mediums (fusain, encre) condenseraient symboliquement les sphères gazeuses d’un cosmos infini; ou sublimeraient métaphoriquement l’essence de la pierre. En faisant du marbre le matériau centrale de cette expérience, Abdelkader Benchamma réinvestit l’appareil d’ambiguïtés déjà esquissées dans la pierre, afin de leur conférer force de récit. L’artiste se fait ainsi l’émissaire d’un “langage de la nature” que le métamorphisme des roches a lentement initié. Si la symétrie du marbre est un catalyseur pour les hallucinations, Benchamma, lui, y juxtapose ses propres visions, comme s’il en était la première victime.

Au courant de sa résidence, Abdelkader Benchamma a adopté la posture d’un explorateur, collectionnant divers fragments directement inspirés de la cosmographie ou de la psychologie de la forme. Les images de l’exposition sont peuplées de grottes, de phénomenes cosmiques étranges (explosion de supernovas, éclipses, etc.) et autres structures constellaires flottantes. Ces figures rapprochent de manière inattendue les récits de l’origine du cosmos et ceux de sa fin, sans égards porté à la distinction entre les domaines du savoir. Cette double approche à la fois originaire et téléonomique est caractéristique de l’œuvre d’Abdelkader Benchamma : le dispositif de l’exposition prend la forme d’une équation dont les inconnues sont quelques unes de nos plus grandes apories autour de l’origine de l’univers, de la naissance de l’art, de Dieu ou encore du destin. 

“Sous la terre, des étoiles” est une nouvelle exploration des politiques de la représentation envisagée tantôt comme un art de la préfiguration, tantôt comme une recherche quasi obsessionnelle des modèles originaux, des archétypes formels les mieux à même de rendre compte des structures antinomiques de nos imaginaires.

Entre l’infiniment petit et l’infniment grand, entre la mollécule et les constellations, entre les grottes et les trous noirs et entre le cosmique et le psychique, Abdelkader Benchamma esquisse la rencontre impossible du premier et du dernier homme ; rencontre que que la fiction par l’image permet de préfigurer. Préfigurer, comme il le rappelle, c’est se représenter l’action avant d’agir. C’est aussi donner à l’action une légitimité et la transformer en événement historique.